Prévoir les élections
Un sondage n'est pas une prévision, et sa marge d'erreur ne couvre pas les erreurs qui font perdre les élections. Voici ce que ces chiffres disent vraiment, et ce qu'il faut leur ajouter pour en tirer une probabilité.
Ce qu'un sondage mesure
Un sondage mesure une intention déclarée, à un moment, auprès d'un échantillon, redressée selon une hypothèse de qui ira voter. Chacun de ces quatre mots est une source d'écart avec le résultat, et un seul d'entre eux est couvert par la marge d'erreur publiée.
Ce n'est pas une critique des instituts. C'est la différence entre mesurer l'opinion aujourd'hui et prévoir un scrutin à venir : deux choses différentes, dont la seconde demande qu'on ajoute quelque chose à la première.
Ce que la marge d'erreur ne couvre pas
La marge affichée — le fameux « ± 3 points » — ne décrit qu'une seule chose : l'aléa d'avoir tiré cet échantillon-là plutôt qu'un autre. Elle suppose un tirage parfait et ne dit rien de tout le reste.
- Le modèle de participation
- Il faut décider qui, parmi les répondants, votera réellement. Ce choix déplace le résultat plus que l'échantillonnage, et il n'est pas dans la marge.
- Le biais de non-réponse
- Si un électorat répond moins volontiers aux enquêtes, aucune taille d'échantillon ne corrige le problème. On interroge plus de gens du même côté.
- Les effets d'institut
- Deux instituts sérieux, le même jour, donnent des chiffres différents à cause de leurs méthodes de redressement. L'écart entre eux est un signal, pas du bruit.
- Le mouvement de fin de campagne
- Une partie des électeurs décide dans les derniers jours, souvent après le dernier sondage publiable.
- Les sous-échantillons
- La marge annoncée vaut pour l'ensemble. Sur une classe d'âge ou une région, elle est bien plus large — souvent au point de rendre le chiffre inexploitable.
Une avance inférieure à la marge n'est pas une égalité
C'est l'erreur de lecture la plus répandue. Si un candidat mène de 2 points avec une marge de 3, la presse écrit « au coude-à-coude ». C'est faux dans les deux sens.
Une avance de 2 points reste une avance : elle rend cette issue plus probable que l'autre, simplement pas beaucoup plus. Le traduire par « égalité » jette une information réelle ; le traduire par « il va gagner » en invente une. La réponse honnête est un pourcentage entre les deux, du genre 60 %.
Passer d'une avance à une probabilité
C'est l'étape que presque aucune couverture ne franchit, et c'est précisément celle qui compte. Elle demande de décider quelle est l'ampleur plausible de l'erreur — pas l'erreur d'échantillonnage, l'erreur totale, celle qu'on constate en comparant les sondages finaux aux résultats passés.
Et surtout : cette erreur est corrélée. Quand les enquêtes se trompent, elles se trompent presque toutes dans le même sens, parce qu'elles partagent les mêmes hypothèses de participation. C'est pourquoi une avance identique ne vaut pas la même probabilité selon le mode de scrutin : un scrutin à deux tours, où le second tour est une hypothèse de report de voix, porte une incertitude que la moyenne des sondages du premier tour ne contient pas.
Ce que Predictly fait de tout cela
Ce qu'il fait
Il identifie le scrutin visé, rassemble ce qui est publié — enquêtes, analyses, sources officielles —, écarte les reprises d'une même dépêche, pèse ce qui joue dans chaque sens, et répond par une probabilité avec son niveau de confiance et les documents lus.
Ses limites ici
- Il n'agrège pas les sondages lui-même et ne calcule pas de moyenne pondérée : il lit ce qui est publié, y compris des agrégations faites par d'autres.
- Il ne modélise pas de report de voix au second tour.
- Sur un scrutin lointain ou peu couvert, la confiance sera basse, et c'est le comportement correct plutôt qu'un défaut.
- Il refuse une élection déjà tenue et une question dont le scrutin ou la circonscription est ambigu.
Le détail des étapes est sur la méthodologie. Comment lire le pourcentage obtenu : comprendre les probabilités.